Back to the future : déguster un Beaune de plus de 150 ans !

Le 21 novembre 2016, en marge de la vente des vins des Hospices de Beaune, j’ai eu l’incroyable chance de pouvoir déguster un Beaune « Clos de la Mousse » millésime 1864. Un voyage dans le temps digne de "Retour vers le futur" A cette époque, cette cuvée n’était pas encore un monopole de la maison Bouchard Père & Fils, qui dut attendre 1873 pour en faire la complète acquisition. Imaginez l'émotion que l'on peut ressentir lorsque l'on va vous servir un vin de 1864 ! Cette année-là, naissaient Richard Strauss, Henri de Toulouse-Lautrec, Louis Lumière. Thomas Edison inventait le télégraphe duplex. La comtesse de Ségur faisait paraître les "Malheurs de Sophie". Quel moment rare et inespéré de pouvoir déguster un vin pré-phylloxérique élaboré dix ans avant que l'insecte commence à décimer le vignoble Bourguignon. La tension est palpable à la table et une question me vient à l’esprit, comme une crainte : le pinot noir a-t-il vraiment la capacité de durer plus de cent-cinquante ans ? Alors que les serveurs s’approchent, chacun autour de la table a envie de toucher à ce moment d'Histoire. Un silence quasi religieux se fait alors que se remplissent les verres. Un étonnement admiratif se dessine : quelle couleur ! Elle est d’un rouge cardinalesque, sans aucune frange tuilée. Le nez est giboyeux, avec des notes de sous-bois, d’humus mêlées à des arômes de kirsch. Aucune senteur de pruneau, si caractéristique d'un Bourgogne fané, ne s’échappe du verre. Cette complexité du nez s'apparente clairement à celle d’un grand cru âgé seulement d'une vingtaine d'années. Mais qu’en sera-t-il en bouche ? C’est là que l’on touche au miracle du vin. La bouche est loin d'être mince ou atone. Bien au contraire ! Sa texture est équilibrée, sans aucune dissociation entre l’alcool et la matière. En milieu de bouche, une réelle puissance s'exprime subtilement sur du poivre blanc mêlé à des notes de kirsch, puis de réglisse. Avoir un tel peps à cent-cinquante-deux ans ! Mais ça ne s'arrête pas là, non ! Le vin se termine sur une longue finale qui s'exprime sur des notes de sous-bois, de cerises, de tabac blond dans une superbe rétro olfaction. « Ô Temps, suspends ton vol » aurait sans doute pu dire, ce soir-là, le Bourguignon Lamartine, décédé en 1869. Quelle expérience où, derrière un millésime plus que centenaire, se cachait avant tout un vin « Hors Classe » ! La maison Bouchard Père & Fils, avec de telles bouteilles, conserve un morceau d'Histoire. Quelle générosité de m’avoir permis de partager ce moment inimaginable. Et quel choc de découvrir la capacité de vie d'un pinot noir de Bourgogne au travers d’un de ces vins bourguignons du XIXe siècle. Ce moment restera, à jamais, gravé dans ma mémoire…